Comment les pros du complet couvrent leurs chevaux

Dans les écuries de Tom Jackson

Traduit de Claire Hubbard

Wes and Tom

 

Kent est le grenier de l’Angleterre, mais je ne m’y suis pas rendue pour étudier l’agriculture mais pour visiter les écuries de Tom Jackson. Quelques coups de téléphones, et quelques reconfigurations du GPS plus tard je suis arrivée devant un imposant portail en bois pour rencontrer Tom Jackson, cavalier international de complet.

Tom rentrait à peine d’un petit galop avec les juments qui partiront à Bleinheim en Septembre. Ces dernières, bandes refroidissantes sur les jambes, se faisaient soigner par Sabrina Pryor et son équipe. Sabrina est partenaire de Tom et groom en chef dans ses écuries.

Alors que Tom me faisait visiter les écuries, il m’est apparu clairement que ses chevaux avaient très bon moral. Ils étaient tous très calmes et détendus. Tom a beaucoup de paddocks : il pense que le mieux qu’il puisse offrir à ses chevaux est une existence la plus proche de leur rythme naturel possible. Ses chevaux de tête sont sortis pendant la journée et rentrés la nuit, inversement pour les plus jeunes.

Les chevaux

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En ce moment, Tom a 21 chevaux aux écuries. Les voici.

Waltham’s Fiddlers Find,qu’on appelle ici Wesley, est le roi des écuries : il est arrivé ici à 4 ans, en a aujourd’hui 14. C’est le cheval que Tom emmène à Badminton et celui avec lequel il ira à Pau en automne.

Dusty II et Carpa de Buisson Z (Katya) sont les deux juments de tête de Tom, elles se préparent en ce moment pour le trois étoiles de Bleinheim. Courvoisier, appelé aussi Nate, fera lui Waregem en Belgique. Dolly, ou Dowalda pour les intimes, est une jolie jument KWPN qui intègrera bientôt les rangs des chevaux de tête de Tom.

Tom a ensuite deux chevaux pour les CCI**. Court Casper, un bon gros géant qui adore les câlins, sera présent au CCI** d’Orsberton. Quant à Newmarket Prospect, surnommé Ginge pour la couleur de sa robe, fera les cycles des sept ans à Osberton.

Gérer les écuries

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Alors que nous nous promenions dans le barn, je peux voir tous les seaux de ration alignés pour nourrir, j’aperçois aussi les étagères à couvertures, empilées et soigneusement pliées. Je suis frappée de voir tout le travail impliqué dans le soin de ces chevaux et de ces écuries. Le tableau indiquant les rations est parfaitement organisé, avec une précision parfaite.

Sabrina est le bras droit de Tom, elle est derrière toutes les opérations de l’équipe de grooming. Ils s’occupent méticuleusement de chacun des chevaux de l’écurie. Tom a rencontré Sabrina il y a bientôt quatre ans : leur partenariat fonctionne très bien et je pense que tous les chevaux seraient d’accord avec moi.

Comment en êtes-vous arrivé là ?

IMG_2477Lorsque l’on questionne Tom à propos de son parcours, c’est assez simple, il répond qu’il savait depuis longtemps que les chevaux seraient toute sa vie. Son père est maréchal ferrant donc les chevaux ont toujours été autour de lui depuis son enfance. Ses parents l’ont accompagné pendant toutes ses années de poney et à seize ans, Tom a décidé de quitter l’école et de se lancer dans une carrière de complet. Il a ensuite passé deux ans avec Sacha Hourigan afin d’apprendre les ficelles du métier, pour après passer un an chez Dasset Eventing afin de compléter sa formation de cavalier de complet.

En 2013, c’est le grand saut : Tom s’installe à son compte avec Wes et un autre cheval appelé King Kong Kenny, ainsi que quelques autres chevaux. C’est là que l’on peut constater la détermination de fer et l’amour du travail qui habitent le cavalier. Au début, il courait partout, commençait par mettre en ordre ses propres écuries, puis enchaînait dans une écurie voisine où il sortait le premier lot à sept heures du matin, et passait ensuite le reste de la journée à monter les chevaux de ses clients et à donner des leçons avant de retourner chez lui pour sortir ses propres chevaux. Il raconte que c’était une période difficile mais qu’avec du travail et si on est assez bon, ça finit par payer, en témoignent ses écuries aujourd’hui.

Son programme pour les semaines à venir fait tourner la tête. Tom part mercredi à Gatcombe, et revient dimanche soir. Puis dès le mardi suivant, ils seront à Bleinheim jusqu’au dimanche, et ne seront ensuite à la maison que pour deux jours puisque le mardi d’après l’équipe prend le ferry pour la Belgique pour se rendre à Waregen. Retour aux écuries dimanche soir, puis Osberton dès le mardi qui suit, le tout sans parler de leur voyage à Pau en octobre avec Wes.

Un conseil à donner ?

Lorsque je lui demande comment il tient le coup, Tom sourit et répond qu’il a compris quelques trucs et que tout repose sur une combinaison de beaucoup de petites choses. Je lui demande des exemples. Ignorant les moqueries de ses amis, Tom prend chaque semaine des cours de Pilates. Il est beaucoup moins fatigué, bien plus en forme et équilibré physiquement, ce qui pour lui contrebalance les railleries. Du point de vue sportif, il a appris à se concentrer sur le travail et non pas sur la victoire.

Prêter attention aux détails est pour lui une des clés du succès. Tom a compris comment rester parfaitement concentré et rigoureux y compris quand il sort le dixième cheval de la journée. C’est une qualité qu’il travaille constamment : rester fort mentalement et concentré pendant un long moment est pour lui capital pour obtenir le meilleur de ses chevaux.

Nom: Alexander Tordoff

Discipline: Complet

CasperQuelle est la plus belle réussite de votre carrière pour le moment ?

C’est très certainement ma victoire au championnat des moins de 25 ans de Bramham, il y a deux ans avec Wes. C’est le plus gros complet que j’ai gagné jusqu’à présent, un trois étoiles réputé que tous les grands noms ont couru et gagné avant moi.

Comment voyez-vous votre carrière idéale ?

Mon but est d’être parmi les meilleurs. Je veux réussir à être dans les plus grandes équipes et remporter des médailles pour mon pays, on verra comment ça se déroule. Les JO sont aussi dans mes perspectives et j’espère être prêt pour Tokyo. Quand on regarde la moyenne d’âge des grosses équipes, en effet je serai certainement le plus jeune. Mais si j’arrive à constituer une équipe et à tout donner pour y arriver, qui sait ? J’ai ici de très bons jeunes et puissants chevaux qui dans trois ans auront gagné de l’expérience, advienne que pourra !

Quel est le cheval qui vous a le plus appris et pourquoi ?

A coups sûr Wes. C’est ensemble qu’on a franchi toutes les étapes. On a progressé en même temps, l’un avec l’autre. On a tout appris ensemble. Il a été incroyable pendant toute ma carrière, et c’est un excellent cheval de cross. J’ai eu énormément de chance d’avoir comme premier cheval un cheval comme lui qui m’a emmené où je suis aujourd’hui. Il peut être un peu blagueur sur le plat et parfois il est un peu chaud au paddock mais je lui dois vraiment de reconnaître qu’il a toujours été au niveau des trois étoiles et régulier dans ses résultats. Tout cela a été une part importante de notre apprentissage et je suis très reconnaissant de pouvoir continuer à profiter de cela avec lui.

Quelle est votre plus belle expérience en concours ?

Encore une fois, c’est ma victoire avec Bramham. La sensation de soulagement et d’accomplissement que l’on retire d’une telle compétition est indescriptible. On part en concours pour gagner, on a accumulé énormément de pression, on en a gros sur le cœur et tout ne se passe pas comme prévu. Toutes les conditions doivent être réunies, ton cheval doit être en forme, toi tu dois tout faire correctement, ça ne se passe pas toujours comme ça. Après le dressage j’étais quatrième, le jour du cross il avait beaucoup plu et le tour promettait d’être piégeux et difficile, c’était donc parfait pour Wes. Il a assuré, il était incroyable, je pense que c’est l’un des plus beaux tours de ma vie ! Après ça, on était premiers. Avant que l’obstacle commence, je me disais que je pouvais faire une barre pour tout de même garder mon classement, mais au moment de passer j’avais en fait deux ou trois barres de marge à cause des mauvaises conditions, les gens avaient vraiment du mal à faire sans-faute. Je crois qu’on a fait deux barres mais on a tout de même réussi à rester en tête.

Quelle a été votre pire expérience en concours ?

Alors là, ce sont les championnats européens des jeunes cavaliers à Jardy. C’était d’ailleurs un scénario similaire : j’étais le quatrième de l’équipe à passer, la plupart des gens avait passé le cross, les conditions étaient terribles, on devait courir sous une pluie torrentielle. J’ai appris plus tard que les représentants de l’équipe britannique avaient essayé de faire annuler la compétition du fait des conditions météo diaboliques. Wes volait sur le cross, il était incroyable, on a fait un beau tour malgré les conditions effroyables, je jouais la montre. Je suis arrivé sur le dernier obstacle, et inexpérimenté que j’étais, je lui ai demandé quatre foulées, je suis tombé et j’ai perdu connaissance. Donc heureusement je ne me souviens plus de grand-chose. Wes avait quelques égratignures mais rien de grave. C’était une grosse bêtise de ma part mais au moins j’ai compris la leçon ! Le problème c’est que j’avais vu d’autre cavaliers partis plus tôt courir sous de bien meilleures conditions que moi, je pensais donc que je n’étais pas dans le temps, je n’avais pas envie de décevoir l’équipe. Au point où j’en étais je crois que ne m’en tirais pas trop mal, mais bon je ne suis pas arrivé à la fin du tour donc bien sûr ça ne compte pas.

Pourquoi utilisez-vous Orscana ?

Pour moi c’est vraiment un produit robuste. J’essaie de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour tirer les meilleurs résultats de mes chevaux et pour les garder le plus en forme possible. Je mets tout en œuvre pour y arriver, et cela passe aussi par Orscana.

Comment utilisez-vous Orscana ?

FullSizeRenderQuand il fait plutôt beau comme maintenant, comme on utilise peu de couvertures, on utilise Orscana majoritairement pour le transport et la compétition afin de s’assurer que toutes les conditions soient aussi semblables que possibles aux conditions de la maison. On en revient à notre objectif de les garder le plus en forme possible.

Je pense que dans le monde du cheval, dans une certaine mesure, on continue de se fier majoritairement à des techniques anciennes, à ce qu’on a toujours fait. C’est très bien, beaucoup de ces techniques marchent à merveille mais je pense que la technologie qu’on a d’ailleurs partout ailleurs dans nos vies, et qui commence à apparaître sur les chevaux, doit vraiment être exploitée. Orscana fait partie de ces choses-là dont on doit tirer le meilleur.

Pendant l’hiver nous monitorons un de nos chevaux constamment et ajustons ensuite les couvertures sur les autres d’après les données de Wes, mais ils sont tous uniques et sont tous différents. Cet hiver ce sera différent, ils auront tous un Orscana donc nous n’aurons plus à nous en préoccuper du tout. Comme on habite près de nos chevaux, on peut être assis dans le salon et vérifier que nos chevaux vont bien- on n’a même pas à sortir dehors pour le vérifier !

L’utilisation d’Orscana a-t-elle modifié vos habitudes ?

Dans notre vie quotidienne oui. L’hiver principalement, on a découvert que l’on n’avait pas forcément besoin d’autant de couvertures, ou que nous n’avions pas besoin de changer de couvertures aussi souvent que nous le faisions, ce qui permet à Sabrina et son équipe de gagner beaucoup de temps. On a remarqué que lorsque les chevaux commençaient à reprendre du poil après la première tonte et avant la deuxième, il fallait ajuster le grammage pour qu’ils soient plus confortables.

 

IMG_2474Au moment de partir, c’était l’heure de rentrer pour les chevaux de tête, l’heure de sortir pour les autres. J’étais resté juste assez longtemps pour croiser Wes à son retour au box et pour lui faire une petite caresse.

J’ai quitté les écuries de Tom sans le moindre doute sur le fait que ces écuries sont un lieu où l’on travaille dur et où les chevaux passent toujours en premier. Leur confort et leur bien-être priment pour Tom et Sabrina. Tom accorde beaucoup d’attention à la complicité avec ses chevaux et met tout en œuvre pour leur donner toutes les chances afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.