L’Automne est là, Dr David Marlin, Scientifique et consultant équin, nous livre un avis éclairé sur l’art de couvrir ses chevaux.

Comment couvrir ses chevaux et à quel moment ?

Alors que le mois d’Octobre approche à grands pas, malgré quelques belles journées, les nuits et les matins plus frais ont probablement convaincus la plupart d’entre nous de revêtir pulls, gilets et autres vestes lorsque nous rendons visite à nos chevaux. Mais cela signifie-t-il qu’il faille déjà ressortir couvertures et polaires rangées depuis le Printemps ? Comme je vais l’expliquer, nous ne devrions pas réfléchir à la manière dont nous couvrons les chevaux en nous basant sur nos ressentis corporels, ce pour deux bonnes raisons. La première est bien sûr qu’un cheval possède un manteau de poils. La seconde est qu’un cheval ne dissipe pas la chaleur aussi vite qu’un homme du fait de sa taille. Ainsi, à température corporelle égale, un cheval se sentira plus au chaud que nous !

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Une capacité d’adaptation hors norme aux climats.

En termes de climat, le cheval possède une incroyable faculté à s’adapter et les chevaux sont à la fois présents dans les régions les plus froides du globe où les températures peuvent atteindre -40°C et dans les plus chaudes où celles-ci peuvent monter à plus de 60°C. Animal à sang chaud, le cheval essaie de maintenir sa température corporelle aussi proche de 38°C que possible. Cependant, dans les environnements les plus froids, les extrémités de son corps comme ses pieds peuvent descendre à des températures aussi basses que 5-10°C ou monter à 60°C sur le sable chaud.

Sang chaud versus Sang froid !

Les animaux à sang froid comme les reptiles voient leur corps chauffer lorsque la température de leur environnement s’élève, se refroidissent lorsque celle-ci diminue et beaucoup hibernent en hiver. Le cheval, comme beaucoup de mammifères et d’oiseaux, est un animal à sang chaud, et s’efforce donc de maintenir sa température corporelle voisine de 38°C quelle que soit la température ambiante. Ce phénomène s’appelle la thermorégulation. Cela procure quelques avantages notables : le cheval peut être actif toute l’année et cette activité ne diminue pas avec la température. Mais il s’accompagne aussi de handicaps : la thermorégulation requiert des dépenses énergétiques importantes puisque générer de la chaleur pour maintenir le corps à sa température optimale lorsqu’il fait froid demande de l’énergie, tout comme le fait de refroidir le corps lorsqu’il fait chaud. L’énergie demandée pour réchauffer le corps vient des calories stockées par l’ingestion des aliments. La chaleur est générée par la consommation des nutriments à l’intérieur des cellules ou par la fermentation des fibres dans l’intestin grêle.

Quels sont les facteurs qui créent une sensation de froid chez le cheval ?

De manière générale, un cheval aura trop chaud ou trop froid lorsque la température ambiante tombe en-dessous de 0°C (la température basse critique) ou s’élève à plus de 25°C (la température haute critique). Cette zone est connue comme la zone thermique neutre du cheval – entre ces deux limites le cheval peut aisément réguler sa température en dilatant plus ou moins ses vaisseaux sanguins pour libérer ou au contraire conserver la chaleur contenue dans le sang. En dehors de ces températures, le cheval doit déployer d’autres moyens pour rester au chaud ou au frais. Au-dessus de 25°C, le cheval peut accélérer son rythme cardiaque afin d’apporter plus de sang à la peau, les vaisseaux sanguins de la peau se dilatent, le rythme cardiaque peut s’accélérer et le cheval peut commencer à transpirer. De plus, il peut aussi modifier son comportement en cherchant de l’ombre ou en marchant dans l’eau. Lorsque la température tombe en deçà de 0°C, le cheval doit conserver la chaleur. Cela peut passer par un meilleur métabolisme (avec une augmentation de la consommation d’énergie conduisant à un dégagement de chaleur interne plus effectif), mais le cheval va aussi chercher à se protéger du vent ou de la pluie, laisser ses jambes se refroidir en réduisant l’afflux sanguin, et s’il a vraiment froid il se mettra à trembler. Toutefois, cette zone de température est modifiée entre l’été et l’hiver, elle baisse par exemple en hiver lorsque les chevaux s’habituent aux températures froides.

La température du corps d’un cheval est donc un juste équilibre entre la quantité de chaleur dissipée et celle produite. S’il fait froid, le cheval va perdre de la chaleur plus rapidement et doit donc augmenter sa production de chaleur et réduire les déperditions thermiques (en laissant ses extrémités se refroidir) pour empêcher sa température corporelle de baisser. 

‘Les nouvelles technologies telles que le capteur Orscana d’Arioneo peuvent vous aider à résoudre le dilemme du choix de la couverture à quel moment.’

David Marlin

Pourquoi couvrons-nous nos chevaux ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous mettons des couvertures aux chevaux en cette période de l’année : pour les garder au chaud, pour les garder au sec, pour éviter qu’ils ne se salissent. S’ils sont mouillés ils perdent plus de chaleur. Si on les garde couverts, nous pouvons les tondre ce qui réduit le risque de surchauffe à l’entraînement ou en compétition et qui facilite le pansage.

Par quels mécanismes la chaleur s’échappe-t-elle du corps des chevaux ?

1-    Perte de chaleur par la respiration

2-    Perte de chaleur par le crottin et l’urine

3-    Perte de chaleur par la peau

4-    Perte de chaleur par contact avec des surfaces plus froides, comme le sol

5-    Perte de chaleur par radiation vers des surfaces plus froides

6-    Perte de chaleur par la transpiration

Se baser sur nos propres sensations de froid ou de chaleur corporels, est-ce un bon guide pour couvrir son cheval ?

Non, nous perdons notre chaleur plus rapidement que les chevaux. Nous aurons froid lorsqu’un cheval serait toujours confortable. Notre zone thermiquement neutre  est située entre 25 et 30°C (nu)- ce est beaucoup plus étroite et élevée que celle du cheval (0-25°C).

Quels sont les risques induits par le fait de couvrir ou de sur-couvrir ?

·      Les frottements, notamment lorsque le cheval transpire. La transpiration conduit à une hyper-hydratation de la peau (l’effet que l’on a sur la peau lorsque nous restons trop longtemps dans un bain) qui devient alors plus sensible aux irritations et aux infections.

·      Les couvertures et les écuries empêchent les rayons du soleil d’atteindre la peau, ce qui est indispensable à la synthèse de la vitamine D. La vitamine D est utilisée par l’organisme dans la régulation en calcium et en phosphore dans les os : une carence en vitamine D peut donc mener à un affaiblissement des os. La lumière du soleil peut passer à travers le poil du cheval pour la synthèse de la vitamine D mais pas à travers une couverture d’hiver.

·      Le cheval dépense une quantité d’énergie considérable pour se maintenir au chaud. Si le cheval est trop couvert, l’énergie dépensée sera moindre et celle-ci sera stockée sous forme de graisse ce qui induira une prise de poids. Inversement, des chevaux avec des couvertures légères, peu de matières grasses et un apport énergétique faible perdront du poids pendant les hivers plus froids.

Quelle épaisseur de couverture dois-je mettre à mes chevaux ?

Une couverture de cheval d’hiver, sèche et propre, possède un pouvoir d’isolation thermique d’environ 1 à 2 Tog[1]. Ainsi, en considérant qu’un poil d’été possède un pouvoir d’isolation de l’ordre de 4, 5 Tog, alors couvrir son cheval revient à multiplier l’isolation thermique de son cheval par un facteur 2-3. Quelques couvertures vraiment épaisses peuvent approcher les 15 Togs, qui seraient donc nécessaires seulement dans le cas d’un poulain nouveau-né malade ou d’un très vieux cheval très maigre sous un froid extrême !


[1] Unité mesurant l’isolation thermique utilisée pour les vêtements

Quels sont les facteurs qui influent sur la déperdition thermique du cheval et quelle quantité d’énergie est mise en jeu pour rester au chaud ? 

       La météo 

Plus la température extérieure est basse, plus la différence entre la température du cheval et celle de l’air ambiant est élevée et donc plus la déperdition de chaleur est importante. Ce phénomène s’appelle la convection. L’adjonction du vent accroit la déperdition de chaleur du fait du phénomène de convection forcée ou ce que nous appelons plus communément le facteur « windchill » ou refroidissement éolien[1].  Rajoutez de la pluie et la sensation de froid sera encore plus élevée. En hiver, nous nous réchauffons volontiers au soleil, c’est quand il se cache que nous prenons conscience du froid hivernal. Les conditions météorologiques les plus rudes sont donc une température basse, des vents forts et de la pluie.

       La taille

Plus on est petit, plus les déperditions de chaleur sont aisées, plus on est gros moins elles le sont. Les grands animaux sont donc généralement avantagés dans les climats froids tandis que les petits animaux se portent mieux dans les pays chauds. Comme nous l’avons déjà dit le cheval possède cette particularité qu’il peut survivre dans des conditions extrêmes. Certaines races supportent mieux le froid que d’autres mais en général, les grands chevaux supportent mieux le froid que les plus frêles.

       L’âge

Comme les humains, les plus jeunes, les plus vieux chevaux ainsi que les poneys ont tendance à moins bien supporter le froid. Les plus jeunes sont plus petits et ont souvent moins de graisse, ils dissipent donc de la chaleur plus rapidement. Avec l’âge, les chevaux perdent leur capacité à contrôler leur température corporelle, ils peuvent aussi avoir moins de gras, des problèmes de santé, une digestion moins efficace et une activité réduite ce qui peut mener à des situations de vulnérabilité par temps froids.

       Le régime alimentaire

La production de chaleur est plus importante lorsque le cheval consomme des aliments riches en fibres que lorsqu’il ingère des rations plus chargées en amidon ou en huiles. Les chevaux et poneys vivant dehors sous des climats très froids comme au Canada en hiver par exemple, sont capables de se maintenir en forme s’ils ont un accès illimité à du fourrage de qualité. Augmenter la capacité énergétique des rations n’est nécessaire qu’en cas de températures négatives pendant plusieurs semaines, ou dans le cas de jeunes chevaux ou poneys, de vieux chevaux ou en cas de mauvaise condition physique des équidés.

       La race

Les chevaux possédant une musculature plus ramassée, plus massive auront tendance à conserver la chaleur plus aisément en cas de temps froid que les races plus élancées. Par exemple un Cob aura l’avantage sur un Pur-Sang Arabe en hiver.

       Le poil

Le poil des chevaux leur tient chaud en piégeant une petite couche d’air isolante entre les poils. Lorsqu’ils sont mouillés les poils se collent entre eux et moins d’air est piégé entre la peau et les poils ce qui induit une perte de chaleur plus rapide. Le fait qu’un cheval ait une épaisse couche de poils d’hiver ou non, qu’il n’ait pas encore fait de poil, ou qu’il soit tondu a une réelle influence sur sa capacité à retenir la chaleur. On pense souvent que le passage du poil d’été au poil d’hiver est induit à la fois par les changements de température et par la longueur de la journée. Une étude polonaise a récemment mis en évidence le fait que la température de l’air avait une influence majeure sur la pousse du poil d’hiver, bien plus que la quantité de lumière au cours de la journée.

       L’abri

Ici encore, des études ont montré que dans des conditions très froides des chevaux matures peuvent se maintenir dans une bonne condition physique, à condition de disposer d’un abri et de fourrage de qualité disponible en quantité illimitée. A propos d’abri et d’écurie, on peut d’ailleurs noter que les écuries en béton auront plus tendance à absorber la chaleur corporelle des chevaux que des écuries en bois par exemple. Ainsi, à température égale, un même cheval pourra avoir besoin d’une couverture dans une écurie en pierre et non dans une écurie en bois : on retrouve le mécanisme de la convection qui fait que la chaleur se transmet des éléments les plus chauds (le corps du cheval) aux éléments plus froids (les pierres de son box par exemple).

       L’individu

Tout comme nous, certains chevaux supportent mieux le froid que d’autres. Ainsi, même s’il existe des règles générales, il est important de rester attentif à la condition propre de chaque cheval.


[1] Par temps calme, notre corps nous isole quelque peu de la température extérieure en réchauffant une mince couche d’air proche de la peau. Lorsque le vent souffle, il emporte cette couche d’air protectrice avec lui, exposant la peau à l’air froid. Le vent favorise également l’évaporation de l’humidité de la peau et accélère ainsi la perte de chaleur corporelle (beaucoup plus rapide lorsque la peau est mouillée que lorsqu’elle est sèche).
Le refroidissement éolien décrit une sensation : la façon dont nous nous sentons sous l’effet de refroidissement combiné de la température et du vent. Cette sensation ne peut se mesurer avec aucun instrument ; les scientifiques ont donc mis au point une formule mathématique qui relie la température de l’air et la vitesse moyenne du vent à la sensation de froid ressentie sur la peau.

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Comment décider du bon moment pour couvrir ?

       Ne couvrez pas vos chevaux en vous basant sur vos ressentis personnels !

       Les chevaux âgés, jeunes, minces ou tondus auront besoin d’une couverture en premier

       Pour la plupart des chevaux (à moins qu’ils ne soient tondus ou à l’extérieur en permanence) les couvertures ne doivent pas être envisagées avant que la température nocturne ne descende vers les 5-10°C.

       Idéalement, commencez par des couvertures plus légères et augmentez peu à peu le grammage lorsque la température descend.

       Après un mois de temps froid, votre cheval devrait être capable de supporter une couverture plus fine puisqu’il sera habitué aux températures froides.

       Essayez d’éviter de couvrir les chevaux toute la journée lorsque vous les sortez afin de permettre la synthèse de la vitamine D – une heure d’exposition par jour suffit.

       Toucher les jambes ou les oreilles de vos chevaux est un piètre indicateur de leur température interne. Placer sa main sous la couverture en-dessous du garrot est un meilleur choix. Si cela vous semble froid alors considérez peut-être une couverture plus épaisse. Si cela vous semble humide, vous devriez envisager d’enlever la couverture puisqu’il est probable que votre cheval ait trop chaud.

       Les chevaux qui n’ont pas accès à un abri au champ auront besoin d’une couverture plus épaisse à mesure que la température chute.

       Souvenez-vous que le vent et la pluie conduisent à une déperdition de chaleur plus importante.

       Les nouvelles technologies telles que le capteur Orscana d’Arioneo peuvent vous aider à résoudre le dilemme du choix de la couverture.

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